Hatufim : retour à l’anormal.

Arte entamera prochainement la diffusion de « Hatufim », série israélienne créée par Gideon Raff et qui a inspiré le scénario de « Homeland ».

Trois réservistes israéliens, Nimrod Klein, Uri Zach et Amiel Ben Horin, sont capturés et torturés par le Hezbollah. Dix-sept ans après, alors que tout le monde s’est lassé et détourné du combat pour leur libération, celle-ci intervient pour Nimrod et Uri, qui reviennent avec le cercueil d’Amiel. Tapie dans la lumière médiatique qui entoure leur retour, l’ombre du soupçon qu’ils ont été retournés par leurs tortionnaires se profile.

Affiche de la série

Affiche de la série « Hatufim » (« Prisoners of War »)

Si « Homeland » est avant tout un thriller un brin paranoïaque, « Hatufim » est un drame psychologique qui plonge le spectateur au coeur du malaise qui entoure cette libération que plus personne n’espérait vraiment. La liesse qui accompagne cette quasi-résurrection s’efface très vite pour laisser place aux silences gênés, aux regards qui se détournent ou interrogent sans comprendre, aux crises d’angoisses et à la phobie sociale.

Dans « Hatufim », le sentiment de culpabilité est un astre sombre autour duquel les personnages gravitent en permanence, sans jamais être en mesure de s’en extraire. En alternant subtilement les scènes actuelles et les retours avant et pendant la captivité, la série dévoile par petites touches les multiples facettes de personnages ordinaires forcés d’emprunter un long tunnel avec pour seul guide une infime lueur d’espoir. Et lorsque la lumière se fait enfin, il n’est plus possible de s’abriter derrière les circonstances. Chacun est alors renvoyé à ses faiblesses, ses lâchetés, et finalement, sa solitude.

On comprend que cette parenthèse tragique ne pourra jamais vraiment se refermer, qu’il est vain d’espérer une fin heureuse pour ces êtres qui ont cessé de vivre le jour où la vie qu’ils envisageaient pour eux-mêmes leur a été enlevée. Pour eux, le retour à la normale se révèle être une nouvelle expérience étrange et angoissante, un voyage en terre inconnue avec les yeux bandés.

C’est cet aspect qui prime dans la première saison de cette série qui en compte deux. La question de savoir si Nimrod et Uri ont été retournés par leurs tortionnaires plane comme un parfum âcre dans cette atmosphère déjà chargée. Ce code gestuel utilisé par les deux rescapés pour communiquer à l’insu de leurs proches, leur a-t-il été appris ? Ce numéro de téléphone glissé dans la poche de Nimrod par son geôlier quelques secondes avant sa libération, à quoi sert-il ? Les réponses sont livrées au compte-goutte, et aucune n’est vraiment définitive. Le suspens est ainsi savamment entretenu, et la série se garde bien de tomber dans le manichéisme et la simplification.

C’est ce qui constitue l’intérêt d’Hatufim, et permet au spectateur d’entrevoir les nuances de gris de chacun des protagonistes, humains avant d’être soldat, terroriste ou mère de famille. Une série d’excellente facture qui explore les tréfonds de l’âme en même temps que l’épineuse question des prisonniers de guerre dans un pays embarqué dans un conflit sans fin.

The James Hunter Six : souvenirs, souvenirs.

The James Hunter Six – Minute by Minute – Mars 2013 – Fantasy Records

Les groupes de Blues et de R&B anglais sont suffisamment rares de nos jours pour que l’on s’intéresse à The James Hunter Six. Emmenés par la voix et la guitare de James Hunter, ils sortent ces jours-ci leur cinquième album intitulé « Minute by Minute », un vibrant hommage aux icônes du R&B américain.

Si vous avez épuisé votre collection de Ray Charles, de Sam Cooke, ou de Jackie Wilson, et que vous en voulez encore, cette chronique est pour vous. Depuis bientôt 30 ans, James Hunter et ses fidèles musiciens Lee Badau (saxophone baryton), Damian Hand (saxophone ténor), Kyle Koehler (orgue), Jonathan Lee (batterie) et Jason Wilson (contrebasse), font revivre le R&B des années 50 de la plus belle des manières.

C’est particulièrement vrai sur Minute by Minute, produit par Gabriel Roth, co-fondateur du désormais légendaire label soul Daptones, qui a su donner une couleur authentiquement vintage à cet album produit aux USA, une première pour The James Hunter Six.

The James Hunter Six - Minute by Minute - pochette

The James Hunter Six – Minute by Minute


Dès Chicken Switch qui ouvre le bal, on est saisi par la chaleur des cuivres et le groove de la section rythmique qui enrobent parfaitement la voix de James Hunter. Celle-ci s’élève bien au-delà de la simple imitation et classe le chanteur parmi les tous meilleurs de la « Blue-eyed Soul », cette soul chantée par des blancs, à l’instar de The Rascals, Tony Joe White ou Van Morrison, avec lequel Hunter a collaboré dans ses jeunes années.

Compositeur de la totalité des 12 titres, il a puisé dans l’héritage de ses idoles pour créer une musique moderne en forme de déclaration d’amour enflammée pour ce genre unique qui constitue une des pierres fondatrices de la pop. Avec son swing, sa chaleur, et son énergie, Minute by Minute rend tout son lustre à cette musique chargée d’une nostalgie joyeuse, puisque 60 ans après, elle est toujours capable de nous toucher.

Barrington Levy – Sweet Reggae Music 1979-84 : Reggae Anthology

Barrington Levy - Sweet Reggae Music

La compilation idéale pour découvrir Barrington Levy

La compilation idéale pour découvrir une des voix qui a marqué la musique reggae.

En plus de trente ans de carrière, Barrington Levy a eu tout le temps de graver sa voix sur des dizaines de singles qui ont fait le tour des sound-system de la planète. Une voix puissante, claire, avec ce petit nasillement unique, souvent imité, mais rarement égalé. Injustement resté à l’écart du succès grand public, Barrington Levy mérite pourtant d’être apprécié comme un des chanteurs les plus emblématique de la Jamaïque.

Cette compilation éditée par 17 North Parade offre une occasion toute trouvée pour compléter sa discothèque avec une sélection des meilleurs singles sortis par Barrington Levy entre 1979 et 1984. Les spécialistes n’y trouveront pas la perle rare, mais les curieux découvriront quarante titres qui donnent une furieuse envie de pousser le volume.

Au-delà des fameux standards dance-hall que sont « Here I Come » ou « Under Mi Sensi », on (re)découvre Barrington dans des registres roots avec « Bounty Hunter » ou rocksteady dans « Skylarking ». Dès les premiers titres, enregistrés à 15 ans, la voix est déjà assurée et reconnaissable entre toutes, confortablement posée sur les productions solides de Henry « Junjo » Lawes, lourdes et moites comme un après-midi d’été à Kingston.

Peu de compilations du même genre peuvent se prévaloir d’une sélection aussi bien présentée, qui garde son dynamisme du début à la fin. Raison de plus pour faire entrer Barrington Levy dans votre vie.

World Psychedelic Classics, Vol. 4: The Existential Soul of Tim Maia: Nobody Can Live Forever

Tim Maia, disparu en 1998, fut une des figures du mouvement Tropicalia en introduisant notamment la Soul et le R n’ B américain dans la musique brésilienne. Le label Luaka Bop a entrepris de réunir les titres phares de cet artiste prolifique, enregistrés entre 1971 et 1978, qui reste sa meilleure période.

Tim Maia a 20 ans lorsqu’en en 1957, il quitte le Brésil pour les USA, attiré par la musique afro-américaine qu’il a découvert à l’adolescence. Il y passera sept ans, avant d’être renvoyé au pays suite à quelques problèmes avec la justice de l’oncle Sam. Il ramène dans ses valises l’inspiration Soul et R n’ B qui irriguera la suite de son oeuvre.

tim Maia - World Psychedelic Classics, Vol. 4: The Existential Soul of Tim Maia: Nobody Can Live Forever

Tim Maia – World Psychedelic Classics, Vol. 4: The Existential Soul of Tim Maia: Nobody Can Live Forever

Car en dépit du titre de cette compilation, le contenu musical est assez loin d’être psychédélique. La musique de Tim Maia est proche de celle Curtis Mayfield, de Bobbie Womack ou de Bill Withers, des grooves arrangés avec soin, qui naviguent entre ballades soul (le poignant « Ela Partiu », cartouches disco (« Brother, Father, Mother, Sister ») et longues tirades jazz-funk (« Rational Culture »). C’est avec des titres comme « O Caminho do Bem » et « Quer Qeira, Quer Nao Queira » qu’on entrevoit les racines brésiliennes et le son propre au mouvement Tropicalia.

Là où Maia se démarque vraiment, c’est avec ses textes emprunts du mysticisme foisonnant qui émerge de ses trips sous acides. Vous n’aurez heureusement pas besoin de vous mettre dans le même état pour apprécier les indéniables talents de composition et d’arrangement de ce zébulon tropical.

Beth Orton sort du silence

Beth Orton – Sugaring Season – Octobre 2012 – Label : Anti

Après six années de silence, la compositrice et interprète anglaise revient avec un album réussi qui sonne comme la fin d’un exil.

Depuis « Comfort of strangers », enregistré en deux semaines et paru en 2006, Beth Orton se faisait rare. A tel point qu’on la croyait perdu pour la musique. Heureusement, il n’en est rien. Mais la native de Norwich, en Angleterre, a effectivement connu une très longue traversée du désert.

Beth Orton by Jo Metson Scott

Beth Orton – crédits : Jo Metson Scott

Le titre de ce nouvel opus, « Sugaring Season », fait référence à la saison de la récolte de la sève d’érable, qui est ensuite bouillie pour en retirer l’amertume et ne conserver que la matière sucrée qui servira à la préparation du sirop d’érable. La métaphore prend tout son sens, et si Beth Orton a développé une certaine amertume de ses années de silence, elle a réussi à la transformer en dix chansons douces et apaisées.

La production aérienne signée Tucker Martin colle parfaitement au côté organique de « Sugaring Season ». Si on retrouve bien ici et là la couleur pop/rock des précédents albums de la chanteuse, le côté trip-hop a en revanche totalement disparu. Magnifiquement servi par des musiciens talentueux comme Rob Burger au piano, Sebastian Steinberg et Brian Blade à la basse et à la batterie, ou encore Eyvind Kang au violon, Beth Orton déploie une voix plus affirmée, qui a nettement progressé au contact de Bert Jansch, grand chanteur de folk anglais qui s’est éteint l’année dernière.

Tous ces ingrédients font de « Sugaring Season » un album très intimiste, qui respire la sincérité et l’authenticité d’une artiste qui découvre avec soulagement qu’elle a encore des choses à dire.

Site officiel : http://bethortonofficial.tumblr.com/

« Le théâtre doit laisser une empreinte sur le spectateur »

Stéphanie, vous faites partie de cette jeune génération d’auteurs et de metteurs en scène de théâtre qui souhaite proposer au public bien plus qu’un divertissement. Vous venez nous présenter votre nouvelle pièce, « Loudun », que vous avez écrite et mise en scène, et qui a été notamment jouée au festival Off d’Avignon cette année. « Loudun » raconte l’histoire des « possédées de Loudun ». De quoi s’agit-il ?

Stéphanie Giron

Stéphanie Giron

« Les possédées de Loudun » est un fait historique qui s’est déroulé entre 1632 et 1634. Dans le village de Loudun, dans le Poitou-Charentes, les soeurs d’un couvent d’Ursulines ont accusé un homme de les avoir ensorcelées. Cet homme, c’est Urbain Grandier, un curé libertin, bel esprit, hétérodoxe, et très beau. Libre penseur et opposé au célibat des prêtres, il célèbre son propre mariage et rentre en conflit avec Richelieu, ce qui lui sera fatal. Il sera torturé puis mis à mort à l’âge de 34 ans.

Comment s’est déroulé votre travail d’écriture pour cette pièce ?

Je voulais baser mon écriture sur les procès verbaux produits à l’époque autour de ce scandale, dans l’esprit du théâtre documentaire. J’ai donc entrepris un long travail de recherche et de collecte qui a duré près de 6 ans.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette histoire ?

Beaucoup de choses ! Mais le cœur de l’histoire, c’est cette interrogation sur le corps humain. Les corps des Ursulines, d’abord, désirant et frustrés. Le corps d’Urbain Grandier ensuite, objet de tortures atroces. Le défi artistique de cette pièce consistait à trouver la manière de montrer ces corps malmenés et déchirés sans artifices et sans fard. De cette façon je voulais provoquer des réactions fortes parmi les spectateurs, qui les amèneraient à s’interroger sur la question de l’oppression, et sur leurs sentiments face au spectacle de la torture. La question du désir de la femme, objet d’une incompréhension et d’une peur qui inspire différentes formes d’oppression du corps féminin, est aussi un élément sur lequel je voulais interpeller le public.

Vous avez déjà une expérience significative dans le théâtre, d’où vous vient cette passion ?

J’ai commencé en tant que comédienne, mais je me suis vite sentie étouffée par ce statut, qui est précaire et vous place dans une situation d’attente par rapport au projet des autres. Je ressentais de manière très forte le besoin d’écrire, de mettre en scène et de mener librement mes propres projets.

En parlant de projets, en avez-vous d’autres à l’esprit actuellement ?

J’ai terminé l’écriture d’une pièce sur un fait inexpliqué qui s’est déroulé en 1925. Je n’en dis pas plus pour ménager un peu de suspens, mais mon propos est d’interroger le spectateur sur le statut du comédien. Pourquoi va-t-on au théâtre ? Pourquoi en tant que spectateur, accepte-t-on cette illusion et pourquoi ce qui nous paraît normal sur une scène nous semble relever de la folie dans la vie quotidienne ? Encore une fois, je veux faire un théâtre qui provoque, outrage, et laisse une empreinte sur le public.

Propos recueillis par Sébastien RENAUD.

La ville comme un sablier

La ville de Montrouge se situe en bordure de Paris, juste de l’autre côté du périphérique. Cette situation et la présence du terminus de la ligne 13 ont fait de cette ancienne cité industrielle et ouvrière une zone tampon qui voit passer chaque jour des centaines de milliers de personnes. 

Une palissade se dresse à la place de l’arrêt de bus de la ligne 68, un peu à l’écart de la place Jean Jaurès de Montrouge. Il faut courir cinquante mètres de plus et traverser deux fois la rue pour rejoindre l’arrêt provisoire. Pour cette jeune fille encombrée par son sac et son sandwich, ça fait beaucoup d’obstacles. Le bus partira sans elle, la laissant dans l’humidité pénétrante de ce mois de novembre et le vacarme du vaste chantier de construction qui s’est mis en travers de son chemin. Ainsi commence l’attente insupportable, l’immobilité frustrante au milieu d’un univers qui consacre l’art du déplacement.

Gare de Montrouge

Gare de Montrouge

Il suffit de se rendre à la station Châtillon Montrouge pour s’en rendre compte. Une large saignée de sable rectiligne creuse un passage étroit sous les immeubles flambant neufs qui bordent la ligne aérienne, traçant la voie du futur tramway. Là, on est frappé par les contorsions, les empilements imposés au paysage urbain pour tenter de fluidifier le mouvement, de canaliser les flux.

L’évidence s’impose. Cette partie de la ville n’est plus faite pour qu’on y vive. Sa seule fonction est de faire circuler tant bien que mal des milliers de piétons, de bus, de voitures, de vélos, de trottinettes, de poussettes. Avec le tram, l’offre de transport sera bientôt complète, mais elle semble déjà sous-dimensionnée, à l’image de l’abri à vélos. Niché dans un recoin à l’entrée de la station de métro, il ne propose plus aucun support disponible en dépit de la saison. Même pour ceux qui choisissent de se déplacer dans les interstices, la place vient à manquer.

La course au temps n’est pas une course d’équipe.

Les innombrables lignes de bus assurant la liaison vers les banlieues du sud de la capitale subissent un peu le même sort. Elles se rejoignent toutes sur une petite esplanade, coincée entre le métro et la route. L’endroit offre le spectacle d’un étrange ballet improvisé avec des piétons qui se faufilent maladroitement entre les énormes véhicules qui cherchent à rejoindre ou quitter leur arrêt. Des automobilistes qui trouvent bien pratique de stationner aux portes du métro ajoutent encore à la confusion. La course au temps n’est pas une course d’équipe.

Il faut donc être prudent et malin pour parvenir à pénétrer dans le hall blafard de la station. Une dame âgée y tient une petite cafétéria, pendant qu’un mastodonte de l’édition et de la presse se charge de fournir information ou distraction. Aujourd’hui, les deux se rejoignent à la une des quotidiens avec les élections à l’UMP. Personne ne semble vraiment s’y intéresser, et les premières pages frissonnent sur leur présentoir au passage des voyageurs. Quand on n’est pas arrêté par les contrôleurs de la RATP, comme cette mère de famille qui tente vainement de plaider sa cause, le seul intérêt à se trouver là, c’est de pouvoir en partir au plus vite. De circuler.

C’est aussi l’obsession des villes avalées par les mégapoles pour ne pas devenir l’obstacle à leur propre développement, qui ne souffre aucun retard. La quasi-totalité de l’espace public est consacré aux déplacements et lutte sans relâche contre l’immobilité et la lenteur. La rue se réduit ainsi à un lieu de transit dédié à ceux qui doivent sans cesse presser le pas vers leur prochaine destination en consultant leur smartphone pour vérifier qu’ils sont toujours dans le bon tempo, qu’ils font bien partie de ce monde.

Devant le taxiphone de la rue Camille Pelletan, un peu à l’écart du tumulte, deux jeunes désoeuvrés font tourner un joint. Sur le trottoir d’en face, étroit comme il se doit, un clochard chantonne, le nez au vent, à quelques mètres de deux dames âgées qui échangent les dernières nouvelles. Il faut être en marge de la majorité productive, avoir été éjecté du tourniquet de la performance pour retrouver la ville comme un espace de vie, et non comme le terrain de chasse au temps perdu.

Ionesco, l’enfant centenaire

Eugène Ionesco est aujourd’hui considéré comme une figure majeure de la littérature française contemporaine et ses pièces connaissent un succès qui ne se dément pas. Retour sur le parcours d’un homme qui a connu l’exil et l’abandon, et qui a été le témoin lucide d’une époque qui a connu tant de totalitarismes destructeurs.

Le dramaturge Eugène Ionesco, décédé le 28 mars 1994, aurait eu 103 ans ce 26 novembre. Du moins c’est ce qu’on pense, puisqu’il subsiste toujours un doute sur l’année de sa naissance. Il a d’abord prétendu, par coquetterie, être né en 1912. On s’accorde aujourd’hui à dire, sur la foi de ses propres déclarations, qu’il est né en Roumanie en 1909, avant de partir très vite s’installer à Paris avec sa famille.

En 1916, dans le tumulte de la guerre, son père rentre en Roumanie. Eugène reste seul avec sa mère et sa sœur, sans ressources financières. Pourtant, ces années seront les plus belles de cet enfant à la santé fragile, qui confiera l’année de sa mort dans une interview au Figaro que sans ces deux femmes, il n’aurait sans doute rien écrit. Car il commence tôt à noircir les pages de ses cahiers d’écoliers avec des petites épopées héroïques et des scénarios comiques.

Eugène Ionesco

Eugène Ionesco

Les deux enfants sont finalement obligés de retourner à leur tour en Roumanie, faute d’argent. Ils sont alors confiés à ce père que l’on croyait mort mais qui s’est en fait remarié, et semble indifférent à leur sort. Devenu inspecteur de la sûreté générale à Bucarest, il abuse de son pouvoir pour obtenir un divorce avantageux. Cette douloureuse expérience d’un père qui le rejette marquera Ionesco toute sa vie.

Jeune étudiant, il commence à publier de la poésie et des articles dans des petites revues et prépare une licence de français à l’université de Bucarest. Déjà, il critique avec verve et talent les valeurs de la littérature roumaine traditionnelle, provoquant le scandale. Il se marie en 1936 avec Rodica Burileanu, et, grâce aux appuis de son père, obtient une bourse pour préparer une thèse à Paris 1938, qu’il n’achèvera jamais. Il y fera notamment la connaissance d’Henri Thomas et du groupe de la revue Esprit. En 1939, la guerre éclate de nouveau et Ionesco quitte la France pour la Roumanie, avant d’y revenir définitivement avec sa femme et sa fille en 1942.

L’angoisse en dépit du succès

Sa première pièce, La Cantatrice Chauve sera écrite en 1948, et les premières représentations n’auront pas un immense succès en dehors d’un cercle restreint d’intellectuels comme Breton ou Bunuel. Il rejoint par goût de la drôlerie le Collège de Pataphysique et publie nombre de ses écrits dans leurs cahiers. Il s’opposera pourtant plus tard à beaucoup de ses amis en prenant farouchement position contre tous les totalitarismes, dont le communisme et le stalinisme, notamment dans la pièce Rhinocéros.

Le succès viendra plus tard, et Ionesco sera élu à l’Academie Française en 1970, avant de voir son Théâtre Complet édité dans la collection de la Pléiade, trois ans avant sa mort.

Pour ceux qui le connaissait, il avait gardé l’âme d’un enfant intelligent, malicieux, mais aussi très angoissé. Ionesco s’inquiétait par exemple beaucoup de ce qu’il resterait de son œuvre. Il constaterait aujourd’hui qu’elle est jouée avec succès dans le monde entier, et que des pièces autrefois qualifiées de scandaleuses comme La Leçon ou La Cantatrice Chauve sont à l’affiche du Théâtre de la Huchette depuis 1957, record à battre. Michel Bouquet, un de ses plus vieux amis, joue d’ailleurs en ce moment dans Le Roi se meurt au Théâtre des Nouveautés, jusqu’au 31 Décembre 2012.

Earth Wind and Fire – Kool and the Gang – Sister Sledge

Amateurs de basses ronflantes, de beats funky et de cuivres chatoyants, réjouissez-vous ! Earth Wind and Fire accompagné de Kool & the Gang et de Sister Sledge sera en France pour deux dates. Premier concert le 3 mars 2013 au Zénith de Paris, avant de mettre le cap au sud pour une date le 14 mars 2013 au Dôme de Marseille. Vous pourrez également retrouver les EWF seuls le 26 Juillet à Pernes-Les-Fontaines, dans le Vaucluse.

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The Headhunters + Guillaume Perret & The Electric Epic

The Headhunters a bâti sa légende en 1973 en compagnie de Herbie Hancock, sur un album éponyme qui restera comme un des classiques du jazz-funk et un indispensable dans toute discothèque. Le groupe mené par le saxophoniste Bennie Maupin continue aujourd’hui encore à parcourir le monde pour y délivrer son jazz électrique et électrisant, et posera ses valises le 26 Avril 2013 à Canal 93, dans la bonne ville de Bobigny.

Ils seront associés pour l’occasion au saxophoniste Guillaume Perret qui a fait sensation dans le monde du jazz cette année avec son album « Guillaume Perret & The Electric Epic ».

La combinaison promet d’être explosive et devrait ravir tous les amateurs de jazz funk.

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